Visitez aussi :
Logo de l'ORE

http://www.observatoire-eau-bretagne.fr/Media/Dossiers/Les-secheresses/Lutter-contre-une-secheresse-demande-vigilance-et-prevoyance

 

Dernière modification le 14 juin 2007


les réponses

Lutter contre une sécheresse demande vigilance et prévoyance

Rédigé par :

Emmanuèle Savelli (OEB)

En collaboration avec :

Geneviève Daulny Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement en Bretagne (Dreal Bretagne) , 
Stéphane Buron Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations d'Ille et Vilaine (DDCSPP35) , 
Thomas Chiron Institut universitaire européen de la mer (IUEM)




En période de sécheresse, en Ille-et-Vilaine comme dans les autres départements, un comité de vigilance nommé par le préfet est chargé de gérer la crise afin de garantir le bon état écologique des cours d'eau et la distribution d'eau potable. Pour être efficace, cette gestion à chaud est relayée par une approche stratégique de la ressource en eau qui elle se prévoit plutôt sur une dizaine d'années.


« A ce jour, l’Ille-et-Vilaine n’a pas connu de coupure d’eau à cause d’une sécheresse. Mais en 2003, il s’en est fallu de peu dans le nord du département. » Stéphane Buron de la direction départementale de l’agriculture et de la forêt d’Ille-et-Vilaine n’est pas inquiet. S’il reconnaît que la situation deviendrait probablement plus difficile à gérer pour les milieux aquatiques si les épisodes secs s’intensifiaient, le comité de vigilance sécheresse dont il fait partie a toujours trouvé des solutions au manque d’eau. Ce comité est activé par le préfet en cas d’alerte sécheresse. Il regroupe des experts aux compétences techniques complémentaires mais aussi des représentants des usagers (fédération de pêche, chambre d’agriculture, syndicat producteurs d’eau potable). Sa mission ? Adapter au plus tôt les mesures à prendre pour anticiper et gérer le manque d’eau.

D’octobre à mars, Météo France fournit les cumuls de pluies, et d’avril à septembre, le suivi quotidien les indicateurs de sécheresse des sols superficiels. Dès que le comité de vigilance est activé, il renforce l’accès aux données météorologiques. Les ressources en eau sont également surveillées de près ; la direction régionale de l’Environnement de Bretagne veille sur le débit des rivières ; les syndicats d’eau précisent l’état des ressources (forages et remplissage des barrages) ; le Bureau de recherche géologique et minière suit le niveau des nappes d’eau souterraine. Ces informations sont regroupées à l’échelle régionale dans un bulletin de situation hydrologique mensuel publié chaque mois.

Durant une période sèche comme pendant le reste de l’année, la direction départementale des affaires Sanitaires et Sociales suit les eaux destinées à la potabilisation, de la ressource au robinet du consommateur. Et tout au long de l’alerte sécheresse, l'Office national de l’eau et des milieux aquatiques observe, dans le cadre du réseau d’observation de crise des assecs, l’état écologique des cours d’eau. Les syndicats producteurs d’eau et la Ville de Rennes transmettent les informations concernant l’eau potable. La chambre d’Agriculture d’Ille-et-Vilaine, la direction départementale de l’Agriculture et de la Forêt d’Ille-et-Vilaine, la direction régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement ainsi que la direction départementale des Services Vétérinaires d’Ille-et-Vilaine relaient les besoins et les préconisations pour les agriculteurs et les industriels. Concernant ces derniers plus particulièrement, une enquête a été menée sur une quinzaine d’établissements effectuant des prélèvements de plus de 100 000 m3/an directement dans le milieu naturel. Dorénavant, une dizaine d’entre eux prévoit de pouvoir restreindre sa consommation d’eau en période sèche. Une étude similaire concerne près de 35 structures prélevant plus de 100 000 m3/an dans le réseau d’alimentation en eau potable afin de définir les actions à mener en cas de pénurie.

Toutes les données fournies par les membres du comité de vigilance sécheresse sont centralisées par la direction départementale de l’agriculture et de la forêt d’Ille-et-Vilaine qui rédige l’arrêté de restriction d’usage de l’eau lorsque le débit de crise est franchi. C’est-à-dire lorsque la vie aquatique et l’alimentation en eau potable sont menacés.

Mais gérer le manque d’eau ne se limite pas à intervenir pendant la crise. C’est toute l’année et même pour être plus juste sur une décennie au moins que la gestion des sécheresses se révèle vraiment efficace. Les besoins en eau sont diagnostiqués et surtout dimensionnés en tenant compte des variations saisonnières qu’elles soient climatiques ou liées à l’afflux touristique estival, ou encore aux projections d’évolution démographique. Un vrai casse-tête qui demande une connaissance approfondie du territoire. Pour ajuster l’offre et la demande, des kilomètres de tuyaux connectent, parfois de façon temporaire, les zones où l’eau est pompée des zones où elle est consommée. Les circuits de transport d’eau sont complexes, prêts à tout moment à délaisser temporairement une zone de captage au profit d’une autre ou à échanger de l’eau en cas de nécessité. Et si l’échange ne suffit pas, il est même possible d’acheter de l’eau.

Diversifier les ressources en eau : une priorité dans les îles !

S’il est bien un endroit en Bretagne où diversifier les ressources en eau est un souci ancien, ce sont les îles. Il faut dire qu’elles n’ont pas vraiment le choix. Six d’entre elles seulement sont reliées au continent pour la distribution d’eau potable. Thomas Chiron, doctorant à l’Institut universitaire européen de la Mer, étudie les sécheresses dans les îles. Il a constaté que chaque île, s’adaptant à ses ressources naturelles, a développé sa propre stratégie pour éviter la pénurie. Seule constante : multiplier l’origine des ressources en eau.

Alors que sur le continent, le nombre de foyers s’équipant d’un récupérateur d’eau de pluie émerge tout juste, de telles citernes existent depuis longtemps déjà dans de nombreuses habitations d’îliens : 100 % des maisons de Chausey en possèdent, environ 80 % à Molène et 50 % à Sein. Et quand vraiment, l’eau du ciel ne suffit pas, les îles se tournent vers… la mer. L’île de Sein dessale l’eau de la mer d’Iroise depuis 1976. Belle-Ile-en-mer s’est décidée à tenter l’expérience au printemps 2006 et pourrait envisager d’installer une unité fixe sur l’île si les résultats sont probants.


Sources

Bulletin du réseau piézométrique de Bretagne - décembre 2017 - Bureau de recherches géologiques et minières de Bretagne - 2017